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Maison trop propre et allergies chez l’enfant : que dit la science ?

Maison trop propre et allergies chez l’enfant : que dit la science ?

Enfants, allergies et maison trop propre : ce que dit vraiment la science

Depuis que je parle du HYLA sur les réseaux sociaux, une question revient régulièrement :

« On dit que les enfants exposés très tôt aux animaux, à la poussière ou à la vie à la ferme développent moins d’allergies. Alors, à force de nettoyer nos maisons, ne risquons-nous pas de créer un environnement trop propre pour leur système immunitaire ? »

La question est loin d’être absurde. Elle repose sur ce que l’on a longtemps appelé l’hypothèse hygiéniste et sur des observations scientifiques bien réelles : certaines populations d’enfants vivant dans des environnements agricoles traditionnels présentent moins d’asthme et moins de sensibilisations allergiques.

Mais il y a une différence fondamentale entre être exposé à une grande diversité de micro-organismes présents dans notre environnement et laisser s’accumuler la poussière, les allergènes et les polluants dans une maison.

Et c’est précisément là que les recherches deviennent intéressantes.

Une maison « trop propre » favorise-t-elle réellement les allergies ?

C’est probablement l’un des raccourcis les plus fréquents autour de l’hypothèse hygiéniste : nous nettoierions trop nos maisons et nos enfants ne rencontreraient donc plus suffisamment de microbes pour développer correctement leur système immunitaire.

Pourtant, une étude publiée en 2015 dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine s’est précisément intéressée à cette question.

Les chercheurs ont étudié 399 enfants d’une cohorte de naissance et ont évalué :

  • la propreté du logement
  • les habitudes d’hygiène personnelle
  • la quantité de poussière présente dans le logement
  • plusieurs marqueurs bactériens présents dans la poussière des sols et des matelas
  • la présence d’asthme ou d’allergies chez les enfants à l’âge scolaire

Ils ont constaté que les logements les plus propres contenaient effectivement moins de poussière.

Mais surtout, ni la propreté du logement ni l’hygiène personnelle n’étaient associées à une augmentation du risque d’asthme ou d’allergies.

À retenir

Les données disponibles ne permettent donc pas de dire qu’un enfant vivant dans une maison régulièrement nettoyée aurait davantage de risques de devenir allergique simplement parce que son environnement serait «trop propre».

D’où vient alors l’idée que les enfants vivant à la ferme sont moins allergiques ?

Parce que cet effet existe bel et bien dans de nombreuses études.

Une revue systématique avec méta-analyse portant sur 39 études consacrées à l’exposition aux environnements agricoles pendant l’enfance a retrouvé, en moyenne, une prévalence de l’asthme environ 25% plus faible chez les personnes exposées à ces environnements.

Les résultats variaient néanmoins fortement d’une étude à l’autre, ce qui est important à préciser : toutes les fermes, toutes les expositions et tous les modes de vie ruraux ne se valent pas.

L’étude des enfants Amish et Huttérites : un exemple particulièrement intéressant

L’une des études les plus connues sur ce sujet a été publiée en 2016 dans le New England Journal of Medicine.

Les chercheurs ont comparé des enfants issus de deux communautés agricoles américaines génétiquement proches : les Amish et les Huttérites.

Leurs modes de vie présentaient de nombreuses similitudes, mais leurs méthodes agricoles étaient très différentes : agriculture familiale traditionnelle avec proximité quotidienne des animaux chez les Amish, agriculture beaucoup plus industrialisée chez les Huttérites.

Dans l’échantillon étudié, les chercheurs ont observé beaucoup moins d’asthme et de sensibilisation allergique chez les enfants Amish.

Ils ont également découvert que :

  • la composition microbienne des poussières des logements était différente
  • les niveaux d’endotoxines bactériennes étaient nettement plus élevés dans l’environnement Amish
  • les profils de certaines cellules impliquées dans l’immunité innée différaient entre les deux groupes

Dans un modèle expérimental chez la souris, les extraits de poussière provenant des maisons Amish modifiaient également la réponse immunitaire face à l’asthme allergique expérimental.

Cette étude est passionnante, mais elle ne permet absolument pas de conclure :

« Plus un enfant respire de poussière, moins il aura d’allergies. »

Ce que les chercheurs étudient est beaucoup plus subtil : la nature des micro-organismes et des composés microbiens auxquels l’enfant est exposé, leur diversité, le moment de cette exposition et leurs interactions avec le système immunitaire.

Le vrai sujet serait-il plutôt la biodiversité ?

C’est aujourd’hui l’une des pistes importantes de la recherche.

On parle parfois d’hypothèse de la biodiversité : l’appauvrissement des contacts avec la nature et avec certains micro-organismes environnementaux pourrait influencer le développement et la régulation de notre système immunitaire.

Une grande revue scientifique publiée en 2024 dans Environmental Health Perspectives a analysé 82 études humaines consacrées aux liens entre biodiversité environnementale, microbiote, asthme, sifflements respiratoires et sensibilisation allergique.

De nombreux travaux suggéraient un effet protecteur d’une biodiversité environnementale plus importante, mais les résultats n’étaient pas uniformes. Certaines études ne retrouvaient pas d’association et d’autres observaient des résultats différents.

Les auteurs concluent donc qu’il existe des signaux intéressants en faveur du rôle de la biodiversité environnementale, mais que des études longitudinales supplémentaires restent nécessaires.

La nuance est essentielle : la recherche ne dit pas « la saleté protège ». Elle s’intéresse plutôt à la façon dont notre système immunitaire interagit, notamment très tôt dans la vie, avec une grande diversité de micro-organismes issus de notre environnement.

Alors, faire jouer les enfants dehors pourrait-il avoir un intérêt ?

C’est probablement beaucoup plus proche de l’idée étudiée par les chercheurs que de conserver volontairement davantage de poussière dans une maison.

Une étude expérimentale finlandaise publiée en 2020 dans Science Advances est particulièrement intéressante.

Les chercheurs ont modifié les espaces extérieurs de certaines crèches urbaines en y ajoutant :

  • de la végétation
  • du gazon
  • des éléments de sol forestier
  • des possibilités de jardinage

Ils ont étudié 75 enfants âgés de 3 à 5 ans.

Après seulement 28 jours, les chercheurs ont observé des modifications de la diversité bactérienne de l’environnement et du microbiote cutané ainsi que des modifications de certains marqueurs impliqués dans la régulation immunitaire.

Attention cependant : cette étude ne démontre pas que ces enfants auront moins d’allergies ou moins d’asthme à l’avenir. Elle montre simplement qu’augmenter les contacts avec un environnement naturel plus diversifié peut modifier le microbiote et certains paramètres immunitaires.

C’est une différence importante.

Poussière domestique et biodiversité microbienne : ce n’est pas la même chose

Lorsque nous parlons de «poussière», nous regroupons en réalité sous un même mot une multitude de composants très différents.

Dans les poussières d’un logement peuvent notamment se retrouver :

  • des micro-organismes et fragments microbiens
  • des allergènes d’acariens
  • des allergènes de chat ou de chien
  • des pollens
  • des spores de moisissures
  • des fibres
  • des particules provenant de l’extérieur
  • des substances issues de nos activités domestiques ou de différents matériaux

Certains composants microbiens font l’objet de recherches pour leur rôle potentiel dans l’éducation du système immunitaire.

Mais cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble de la poussière domestique serait bénéfique à un enfant.

Et pour les enfants allergiques ou asthmatiques ?

La situation est encore différente lorsqu’un enfant est déjà sensibilisé ou asthmatique.

L’Assurance Maladie identifie notamment parmi les allergènes présents dans les logements pouvant déclencher des crises d’asthme :

  • les acariens présents notamment dans la poussière, la literie et les moquettes
  • les allergènes animaux
  • les moisissures
  • les blattes

Dans ce contexte, les recommandations visent au contraire à réduire l’exposition aux allergènes responsables.

L’Assurance Maladie recommande notamment, selon la situation, l’aération quotidienne, la diminution de l’humidité, le lavage régulier de la literie et une aspiration régulière, notamment avec une filtration adaptée lorsque cela est nécessaire.

Que recommandent officiellement les pouvoirs publics pour nos logements ?

Les recommandations françaises sont finalement très éloignées de l’idée selon laquelle il faudrait éviter de nettoyer sa maison pour préserver l’immunité des enfants.

Le ministère de la Santé indique qu’un nettoyage régulier du logement permet de limiter l’exposition aux polluants.

Les pouvoirs publics recommandent également :

  • d’aérer le logement au moins 10 minutes par jour, été comme hiver
  • d’aérer davantage pendant ou après le ménage, la cuisine ou le bricolage
  • de maintenir les systèmes de ventilation en bon état
  • de limiter l’usage excessif de produits ménagers
  • de limiter les sprays et autres produits pouvant dégrader la qualité de l’air intérieur
  • d’évacuer régulièrement les poussières

Le ministère de la Santé recommande d’ailleurs, dans certaines de ses recommandations destinées à diminuer l’exposition aux contaminants présents dans les poussières, l’utilisation d’un aspirateur avec filtre HEPA et/ou le nettoyage régulier des surfaces et des sols avec un chiffon humide.

Nettoyer n’est pas désinfecter

C’est probablement l’une des distinctions les plus importantes de cet article.

Nettoyer un logement ne signifie pas chercher à éliminer toute forme de vie microbienne.

Une maison n’a pas besoin d’être stérile.

Et vouloir désinfecter constamment toutes les surfaces n’est pas non plus l’objectif recommandé par les autorités sanitaires dans une maison classique.

Les autorités françaises recommandent même de faire un usage modéré des produits d’entretien et de bien aérer pendant et après leur utilisation, certains produits ménagers pouvant eux-mêmes contribuer à la pollution de l’air intérieur.

Finalement, les deux démarches ne sont absolument pas contradictoires :

🌿 permettre aux enfants de jouer dehors, de jardiner, de toucher la terre, de fréquenter des espaces végétalisés et d’être au contact d’une certaine biodiversité

🏠 et, parallèlement, aérer, ventiler et nettoyer régulièrement leur environnement intérieur.

On peut laisser un enfant découvrir le monde sans pour autant laisser son matelas, son tapis ou sa chambre accumuler indéfiniment les poussières.

Et le HYLA dans tout cela ?

C’est justement pour cette raison que je trouve important de replacer le HYLA à sa juste place.

Le HYLA n’a pas pour objectif de transformer une maison en environnement stérile et je ne le présente pas comme un moyen de «renforcer l’immunité» ou d’empêcher un enfant de devenir allergique.

Lorsque je l’utilise, ma démarche est beaucoup plus simple : nettoyer l’environnement intérieur et retirer les poussières et salissures accumulées dans les surfaces et les textiles, plutôt que de considérer que celles-ci devraient être conservées pour «entraîner» le système immunitaire.

Le nettoyage du logement ne remplace pas non plus les deux piliers systématiquement rappelés par les pouvoirs publics : l’aération et la ventilation.

En revanche, retirer régulièrement les poussières de son environnement intérieur est parfaitement cohérent avec les recommandations sanitaires actuelles.

En une phrase ?

Le système immunitaire de nos enfants semble avoir intérêt à rencontrer la biodiversité du monde qui les entoure. Cela ne signifie pas qu’ils aient besoin de respirer davantage de poussières domestiques.

Vous souhaitez en savoir davantage sur le HYLA ?

J’ai regroupé sur LiliNappy mes articles consacrés au HYLA, à son fonctionnement, au nettoyage des textiles et à la qualité de l’environnement intérieur.

Découvrir tous mes articles sur le HYLA →

Sources scientifiques et institutionnelles

Weber J. et al. “Asthma and the hygiene hypothesis. Does cleanliness matter?” American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 2015;191(5):522-529. DOI : 10.1164/rccm.201410-1899OC. PMID : 25584716.

Stein M.M. et al. “Innate Immunity and Asthma Risk in Amish and Hutterite Farm Children.” New England Journal of Medicine, 2016;375:411-421. DOI : 10.1056/NEJMoa1508749.

Genuneit J. “Exposure to farming environments in childhood and asthma and wheeze in rural populations: a systematic review with meta-analysis.” Pediatric Allergy and Immunology, 2012;23(6):509-518. DOI : 10.1111/j.1399-3038.2012.01312.x. PMID : 22625206.

Roslund M.I. et al. “Biodiversity intervention enhances immune regulation and health-associated commensal microbiota among daycare children.” Science Advances, 2020;6(42):eaba2578. DOI : 10.1126/sciadv.aba2578. PMID : 33055153.

Paciência I. et al. “The Role of Biodiversity in the Development of Asthma and Allergic Sensitization: A State-of-the-Science Review.” Environmental Health Perspectives, 2024;132(6):066001. DOI : 10.1289/EHP13948. PMID : 38935403.

Ministère de la Santé – Qualité de l’air intérieur : recommandations concernant l’aération, la ventilation, les produits d’entretien, les poussières et les moisissures.

Ministère de la Transition écologique – Qualité de l’air intérieur et recommandations des pouvoirs publics : aération quotidienne d’au moins 10 minutes et entretien de la ventilation.

Assurance Maladie – Asthme et allergies chez l’enfant : facteurs déclenchants et réduction de l’exposition aux allergènes dans le logement.

Cet article propose une synthèse des connaissances scientifiques disponibles et des recommandations sanitaires officielles. Il ne remplace pas un avis médical. En cas d’asthme, d’allergie ou de symptômes respiratoires chez un enfant, demandez conseil à un professionnel de santé.

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